Guerté Thiaf, réflexion nocturne

Guerté Thiaf, réflexion nocturne

La nuit tombe et mes pensées voyagent loin.
Elles s’arrêtent sur toi petite cacahuète grillée, humble guerté thiaf glissée dans un sachet froissé. Compagne silencieuse de mes longues heures d’école, tu étais bien plus qu’une collation. Tu étais un rempart contre la faim, une main tendue entre moi et mes leçons, entre moi et l’abandon.
Combien de fois t’ai-je partagée avec mes camarades de classe? Ces compagnons de guerre aux uniformes usés, aux cahiers cornés, aux yeux brillants malgré tout. On se passait le sachet sans un mot, parce qu’on se comprenait. On savait tous ce que voulait dire avoir faim et quand même continuer.
Mais la vie a ses cruautés silencieuses.
Certains d’entre eux n’ont pas pu tenir. Pas par manque de volonté, non! Mais par manque de chance. La pression d’une famille qui attendait, d’un ventre à nourrir, d’un rêve qu’on t’oblige à enterrer avant même d’avoir le temps de le rêver vraiment. Ils ont posé leurs stylos, pas leurs âmes.
Et moi je suis là, cette nuit, à y penser.
La vie ne nous a pas souvent souri. Elle nous a testés, bousculés, parfois laissés à terre. Mais on s’est relevés ou du moins, on a essayé. Et pour ça, Alhamdoulilah. Rendre grâce à Dieu d’avoir survécu, d’être encore là, de pouvoir se souvenir.
Car se souvenir, c’est déjà une forme de victoire.

TakkJokk,