Cogito Ergo Code! Et si coder était devenu un acte de philosophie?
Il est tard la nuit. La famille dort mais comme d'habitude je suis dans mes réflexions nocturnes. Mon éditeur de code, lui, brille d’une lueur familière. Parfois, dans le silence de ma session de debug, des flashbacks me ramènent sur la route du lycée. Je revois ces discussions interminables avec mes potes, ces joutes philosophiques passionnées sur le chemin du retour où l'on refaisait le monde.
Je me rappelle surtout cette veille de l'épreuve anticipée de philo. L'ambiance était électrique, un mélange de stress et d'insouciance. On avait commencé la soirée plongés dans le Discours de la méthode de Descartes, essayant de percer les mystères du doute méthodique... pour finalement la terminer devant un film, portés par des pas de danse sur du Mbarass...Mbarass.
C’était ça, notre équilibre: la profondeur d'un texte classique et l'énergie brute du rythme. C’est peut-être là que tout a commencé. Entre deux notes de musique et une thèse métaphysique, on apprenait déjà que la réflexion n'est rien sans la vie, et que le code, tout comme la philosophie n'est qu'un outil pour exprimer notre propre humanité.
Ce soir, celui qui code, c'est le même qui dansait cette nuit-là. Un être qui pense, qui doute et qui n'oublie jamais d'où il vient. Alors qu'une pensée me traverse, tel un écho lointain de Descartes:
Je pense, donc je suis.
À son époque, le simple fait de douter était la preuve irréfutable de l’existence. Mais aujourd'hui, alors que l'IA s'invite dans chaque git commit, la question a muté. Elle est devenue plus viscérale pour nous développeur:
Je code, donc je suis ?
Quand Copilot ou Claude génère une fonction complexe en une fraction de seconde, qui est réellement le "Je" ? Est-ce moi, le développeur qui a tapé l'instruction, ou l'algorithme qui a synthétisé des millions de lignes de code?
Pendant des années, nous avons défini notre valeur par la syntaxe, par la maîtrise du Comment. Être développeur, c'était être un artisan du détail technique. Mais dans ce nouveau paradigme, l'acte technique pur est en train d'être automatisé. Si notre identité se limite à l'écriture de lignes de code, alors nous sommes, de fait, menacés.
Si l'on suit Descartes, le doute est le moteur de la pensée. Aujourd'hui, le plus grand danger pour un développeur est l'acceptation aveugle. Accepter une suggestion d'IA sans la disséquer, c'est cesser de "penser" son code. C'est devenir un simple spectateur de sa propre création.
Le véritable développeur moderne n'est plus celui qui écrit le plus vite mais celui qui doute le mieux. Cela me donne un fou rire sur la fameuse blague: "Boire du Thé, est ce douter".
Peut-être est-il temps de faire évoluer notre propre formule. Nous ne sommes plus des traducteurs de spécifications en langage machine. Nous sommes devenus des philosophes de la technique. Peut-être que la formule devrait évoluer vers:
Je conçois, donc je suis.
Notre existence professionnelle ne réside plus dans le code produit mais plutôt dans:
- Le pourquoi: La compréhension profonde du besoin métier.
- La conception: L'architecture du système global.
- Le sens: La capacité à insuffler de la logique et de l'éthique dans un monde de boîtes noires.
En fin de compte, l'IA ne nous remplace pas; elle nous dépouille du superflu pour nous forcer à revenir à l'essentiel: l'intention.
Nous n'avons jamais été aussi vivants que depuis que nous devons prouver que nous ne sommes pas que des générateurs de texte mais des concepteurs de solutions.
Et vous, à l'heure des LLM, qu'est-ce qui prouve encore que vous êtes "celui qui code" ?
Takk Jokk,